mardi 29 septembre 2009

L'affaire Polanski et les effets du traumatisme

Je suis consterné du traitement fait à l'affaire Polanski.

Les faits : un réalisateur de renom est arrêté en Suisse parce qu'il est sous le coup d'un mandat pour une affaire de de moeurs datant de 1978 mettant en cause une mineure. Une pétition lancée à l'initiative de Serge Toubiana, Directeur général de la cinémathèque française, appelle à soutenir Roman Polanski. Que "Les cinéastes, acteurs, producteurs et techniciens, tous ceux qui font le cinéma du monde, tiennent à lui manifester leur amitié " rien de plus normal. Que Serge Toubiana trouve et s'insurge "qu’une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l’un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier" cela peut se comprendre.

Ce qui se comprend moins, ce sont les raisonnements à la Bernard Henri Lévy : voilà donc une histoire de trente ans, que va ton ennuyer un vieillard qui a d'ailleurs tant su nous enchanter ? Que va-t-on poursuivre un homme alors que la plaignante a pardonné ? N'est-ce pas là le signe de la profonde malveillance de la justice ?

Sur le traitement juriridique de l'affaire, on lira Maitre Eolas in extenso

[Polanski] est visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice de l’État de Californie pour une affaire remontant à 1977. Il a à l’époque eu des relations sexuelles avec une mineure âgée de treize ans après lui avoir fait boire de l’alcool et consommer des stupéfiants. Si mon confrère Dominique de Villepin me lit, qu’il ne s’étouffe pas d’indignation en invoquant la présomption d’innocence : celle-ci a expiré peu de temps après les illusions de cette jeune fille, puisque Roman Polanski a reconnu les faits en plaidant coupable. La culpabilité au sens juridique de Roman Polanski ne fait plus débat. Roman Polanski, après quelques jours en prison, a été remis en liberté dans l’attente de l’audience sur la peine. Il en a profité pour déguerpir et a soigneusement évité le territoire américain pendant trente ans. Maitre Eolas

Personnellement, je me soucie moins du sort de Polanski que des enfants et des adultes qui ont eut a faire avec la pédophilie.

Toute rencontre précoce de la sexualité d'un adulte par un enfant a des effets terribles sur son développement. Ces effets sont tels qu'ils vont jusqu'a toucher la génération suivante et parfois même celle d'après. Au final, pour un enfant abusé, ce sont trois générations touchées par la dépression, la folie, ou le suicide.

Cela est du au fait que l'enfant n'a pas la maturité dans son corps et dans son psychisme pour traiter ce que l'adulte lui impose. L' excitation et les fantasmes de l'adulte le débordent et il y  réagit par un clivage de son moi : une partie de son psychisme renferme cette excitation incompréhensible, et l'autre partie contient le reste de son psychisme.

Il est isolé et coupé de tout lien avec le reste de la vie psychique. En fait, cette partie traumatisée est comme morte.  Elle fait parfois retour sous la forme d'impressions pénibles ou d'impossiblités à être confronté a des choses qui risquent de faire penser à la scène traumatique. Cela peut être une image, une bribe d'histoire, une couleur... Les sentiments de honte ne sont pas rares, du fait de l'identification à l'agresseur. Ce mécanisme a une fonction économique : il protège le psychisme de la menace d''éclatement que fait peser sur lui le traumatisme. Il a aussi une fonction topique, car il protège les idéaux de l'enfant qui a naturellement tendance a considérer ce qui vient des grandes personnes comme "bon". Au final, l' événement est mis au secret mais il continue a travailler le psychisme.dans la honte et la souffrance. Ce qui était intime, douloureux, difficilement partageable se transforme alors peu à peu en secret. C'est à ce moment que les problèmes commencent pour la génération suivante.

La relation parent enfant est si forte que les enfants de parents porteurs de secrets ne tardent pas à sentir les zones d'ombre de leur parent. Du coté du parent, celui ci n'a jamais totalement renoncé a retrouver l'unité de son psychisme. Le secret suinte toujours, et les enfants sont à l'affut de ces fuites. D'un coté, ils sont attirés par le secret car enfant a tendance a vouloir être le thérapeute de son parent, ne serait que que parce que un parent qui va bien s'occupera bien de lui. Mais de l'autre, ils hésite à s'en approcher car ils sentent que cela est douloureux pour le parent. L'enfant voit son désir de comprendre mis sous l'éteignoir puisque la satisfaction de ce désir provoquerait des souffrances chez sont parent. Ce qui ne pouvait être dit par le parent, devient un impensable pour ses enfants.

Ainsi, ce qui pour la première génération était un revenant - car la scène dramatique hante toujours la personne - devient alors un fantôme pour la génération suivante. L'intime . Le sens des choses est perdu, et les symptômes deviennent difficilement compréhensibles : impressions diffuses, phobies étranges, sentiment d'être possédé conduisent à la folie ou au suicide.

 

Aussi comprendra-t-on, j'espère, que les prises de positions de personnes qui sont en position d'idéaux prônant un oubli pur et simple de cette affaire sous prétexte que le temps a passé est extrêmement dommageable pour tous ceux qui ont eu a subir des viols ou des attouchements sexuels lorsqu'ils étaient enfants (1). Cela est dommageable pour tous,  car la censure sexuelle vis-à-vis des enfants est un des piliers de la société.

 

(1) Les cas sont malheureusement nombreux : 6,8% à 33,8% pour les filles et de 4,6% à 10,9% pour les garçons. [source : psydoc]

 

vendredi 25 septembre 2009

Quelques raisons de haïr son enfant

http://www.figuresworld.net/movies_tv/bride_chucky/15chucky.jpg

Dans "La haine dans le contre-transfert" D. W. Winnicott  donne quelques raisons pour lesquelles une mère peut haïr son enfant. La liste n'est bien entendue pas close et les raisons de haïr un enfant sont variée. Faut il ajouter que ces raisons valent aussi pour les pères ?

  • L'enfant n'est pas sa propre conception (mentale).
  • L'enfant n'est pas celui du jeu de l'enfance, l'enfant du père, l'enfant du frère, etc.
  • L'enfant n'est pas produit par magie.
  • L'enfant est un danger pour son corps pendant la grossesse et à la naissance.
  • L'enfant représente une interférence dans sa vie privée, un défi à l'occupation antérieure. Dans une plus ou moins large mesure, une mère a le sentiment que sa mère à elle exige un enfant, de sorte que son enfant est produit pour se concilier sa mère.
  • L'enfant blesse ses mamelons même en tétant car téter c'est mâcher. Il est cruel, la traite comme moins que rien, en domestique sans gages, en esclave.
  • Elle doit l'aimer lui, ses excréments et tout, au moins au début, jusqu'à ce qu'il ait des doutes sur lui-même.
  • Il essaye de lui faire mal, il la mord de temps à autre, tout cela par amour. Il montre la désillusion qu'il ressent à son égard.
  • Son amour brûlant est un amour de garde-manger, de sorte que lorsqu'il a ce qu'il veut, il la rejette comme une pelure d'orange.
  • Au début il faut que l'enfant fasse subir sa loi, il faut qu'il soit protégé des coïncidences, il faut que la vie se déroule à son rythme et tout cela exige de sa mère un travail minutieux et constant. Par exemple, il ne faut pas qu'elle soit anxieuse lorsqu'elle le tient, etc.
  • D'abord, il ne sait pas du tout ce qu'elle fait ou ce qu'elle sacrifie pour lui. Et surtout il ne peut pas laisser place à la haine de sa mère.
  • Il est soupçonneux, refuse sa bonne nourriture et la fait douter d'elle-même, mais il mange bien avec sa tante.
  • Après une matinée épouvantable avec lui, elle sort et il sourit à un étranger qui dit : « Comme il est gentil ».
  • Si elle lui fait défaut au début, elle sait qu'il le lui fera payer à perpétuité. Il l'excite mais la frustre - elle ne doit pas le manger ni avoir un commerce sexuel avec lui.

jeudi 24 septembre 2009

Comment choisir une console ou un jeu video pour son enfant ?

Une personne m'a récemment fait l'amitié de me demander conseil pour le choix d'un jeu vidéo pour son enfant. L'approche de la ludothèque, pour le nom averti, peut être assez angoissante, tant le nombre de titres disponible est faramineux. Par ailleurs, le désir d'offrir un jeu qui puisse être utile à l'enfant peut encore compliquer les choses.

Pour ce dernier problème, il est inutile de trop s'inquiéter : un jeu doit servir à rien. Il est donc inutile de demander à ce qu'un jeu puisse servir l'apprentissage de la lecture, corriger l'orthographe, améliorer les mathématiques ou une langue vivante. Il ne s'agit alors plus de jeu mais de dispositifs d'apprentissages présentés sous une forme attrayante. Ces "jeux" que l'on dit sérieux ne sont pas sans intérêt, mais ce ne sont pas vers eux que se tournent spontanément les enfants. Il est souhaitable de réserver ces jeux a des personnes qui ont vraiment un désir conscient d'apprentissage, d'une part parce que l'on apprend jamais rien par contrebande, d'autre part parce que l'apprentissage sera ainsi mieux soutenu par le désir conscient.

 

 Faire confiance à l'enfant

Faire confiance au choix de l'enfant, cela signifie l'accompagner dans ses choix, de celui du matériel de jeu à celui des jeux vidéo. Que Commençons par la console de jeu : pourquoi une XBOX 360 plutôt qu'une Playstation 3 ? Pourquoi une console portable plûtot qu'une console de salon ? Pourquoi une console plutôt qu'un PC. On attendra pas bien évidement les même explications pour un enfant de 10 ans et pour un adolescent de 16 ans. L'essentiel est que cela soit un échange de points de vues et que l'enfant soit mis dans la position de l'expert partageant ses connaissances avec l'enfant. Quels avantages voit il à cette console ? Est il intéressant d'avoir la même console que ses camarades ? On pourra s'aider, pour la discussion, des catalogues des magasins ou des fiches techniques de l'on trouve sur l'Internet. Cela permettra de construire un tableau récapitulatif des "pour" et des "contre" avant le choix final.

L'important est ici de prendre son temps. Vous aurez compris que le but est de faire confiance à l'enfant, et non de lui mettre la pression sur l'explicitation de ses choix. Peut être, surtout s'il est petit, ne saura-t-il pas dire pourquoi il faut absolument une NDS, ou peut être se sentira-t-il coupable de dire qu'il veut la même que son cousin. C'est que nos choix rationnels, que nous soyons petits ou grands, sont toujours sous tendus par des mouvements qui le sont bien moins. En vouloir à l'enfant, ou tenter de forcer l'explicitation des choix serait une erreur : après tout, nous avons nous aussi l'expérience que choisir peut être difficile ...

 

Le choix des jeux vidéo

La question du choix des jeux vidéo revient souvent chez les parents. Elle se résume finalement en une question : ce jeu n'est-il pas trop violent ? Là encore, il est possible et à mon avis bienvenu de demander à l'enfant d'expliciter son choix. En quoi ce jeu est il amusant ? En quoi est il différent des autres jeux ? Ce jeu n'est-il pas trop cher ? Ne vaut il pas mieux se tourner vers le marché de l'occasion ? Que dit la signalétique PEGI ? La encore, il ne s'agit pas d'attendre à ce que l'enfant fasse un mémoire sur "La sémiologie du jeu vidéo" mais que ses choix puissent être mis en valeur et discutés. Il est entendu que ces choix sont encadrés par ce que vous avez jugé bon. Ce cadrage ne sera pleinement opérant pour l'enfant que s'il entend ainsi : les choix des parents ne sont pas bons en soi; il sont ce qu'eux, parents, jugent bons pour leurs enfants. Il faut aussi distinguer les cadrages que vous faites de vos impossibilités : si une console ou un jeu est trop cher, il faut le dire à l'enfant : "cela me ferait plaisir de te l'offrir, mais je n'en ai pas les moyens"

 

Au final, choisir un jeu vidéo pour son enfant n'est pas si compliqué : il suffit de contenir, soutenir et d'aider à mettre en mots. Bref, le banal et quotidien travail des parents.

jeudi 17 septembre 2009

Dexter

http://2.bp.blogspot.com/_0AukCty4MP0/SmzWtHl7vsI/AAAAAAAAIAo/Pzn5PKFb1q4/s400/dexter-quotes3.jpg

Dexter est un expert en taches et éclaboussures de sang. Il n'a pas son pareil pour analyser et interpréter une scène de crime pour peu qu'elle soit un peu sanguinolente. Il l'interpréte aussi surement qu'Umberto Eco interprété un manuscrit du moyen age ou Freud un rêve. Il tient cette capacité spéciale d'un traumatisme infantile qui remontera tout au long de la saison 1

Je ne sais pas pourquoi les scénaristes américains utilisent encore la vieille théorie du traumatisme alors même qu'elle a été abandonnée il y a plus d'un siècle par Sigmund Freud. Mieux : il y a eu dans les années 80 aux Etats-Unis une série de procès retentissants conduisant à la condamnation de "psychothérapeutes". Ceux-ci avaient fait "retrouver" a leurs patients des souvenirs des traumatismes infantiles qu'ils avaient subis. Les patients avaient porté plainte contre leurs bourreaux, qui étaient la plupart du temps leurs parents, et les procès avaient montré le caractère imaginaire des sévices. Les "bourreaux" s'étaient retournés contre les thérapeutes et l'affaire a connu la fin que l'on sait

Ce n'est donc pas du coté des traumatismes que l'on s'intéressera donc à Dexter. Et ce d'autant plus que le talent et le plaisir qu'il prend à son travail d'expert de police montre bien qu'il y a là quelques sublimations en marche et que le traumatisme a donc été, au moins pour partie, élaboré.

Dexter est plus intéressant par son incapacité foncière à éprouver de l'empathie. Les liens avec les autres lui sont impossibles, non pas que cela l'angoisse. Cela signifierait qu'il pense à l'autre comme quelqu'un de distinct de lui. C'est tout simplement que l'autre ne vaut pas pour lui. Il a de lui même une image totalement vide : rien ne l'occupe jamais. Ni pensée, ni émotions. Dexter est vide et pour cacher ce vide il promène dans le monde un masque souriant. Toutes les interactions qu'il avec les autres sont des constructions et des apprentissages. Il n'a jamais un mouvement spontané - sauf, peut-être, lorsqu'il se laisse aller à tuer quelqu'un.

Cette incapacité a être dans une relation inter-humaine de Dexter recouvre plusieurs mécanismes.

Il y a tout d'abord ce que l'on appelle "la belle indifférence". L'expression avait été forgée par Martin Charcot pour désigner le peu de cas que les patientes hystériques faisaient de leurs symptômes. Elle a été ensuite étendue aux adolescents pour décrire la façon dont ils peuvent parfois traiter le monde qui les entoure.

On trouve également de tels mécanismes défensifs chez les traumatisés. Certains semblent être capables de parler des catastrophes qu'ils ont endurés sans la moindre émotion apparente. Les traumatismes sont rapportés comme des faits externes, ou comme s'ils avaient été vécus par quelqu'un d'autre. En un sens, c'est vrai : le traumatisme est isolé dans une partie du psychisme et toute relation avec lui est rompus. Il est forclos. Le mécanisme utilisé correspond a ce que Nicolas Abraham et Maria Torok ont appelé le "refoulement conservateur"

Parfois, ce mode de pensée ne concerne pas uniquement une partie du psychisme mais l'individu tout entier. Il s'agit de personnes ayant le plus grand mal à décrire leurs sentiments. Leur vie fantasmatique et imaginaire semble totalement abrasée. Ils vivent dans un mode de procédures et d'opérations à faire les unes après les autres. Les relations humaines leur semblent être un labyrinthe aussi dangereux qu'insensé. Ce fonctionnement correspond à l'alexythymie c'est à dire à l'incapacité à mettre des mots sur ses émotions et ses sentiments.

Le personnage de Dexter pousse ces traits de personnalité a leur extrême : il est tout entier enfermé à l'extérieur de lui. Il est aggripé a des masques - "Les gens ont parfois un masque, moi j'en ai un tout le temps" dit-il-. Il est, pour reprendre l'expression de Joyce Mc Dougall "désaffecté" : sans affect, coupé aussi bien des autres que de lui-même.

L'intéret du personnage est que nous utilisons tous ces mécanismes pour nous protéger de mouvements affectifs que nous vivons comme trop dangereux. La seule différence est que nous les utilisons de façon ponctuelle ou prolongée,  et avec plus ou moins d'intensité.

mardi 15 septembre 2009

Rentrée des classes

Vous l'avez sans doute remarqué : la rentrée des classes est passée. Signe du grand progrès civilisationnel de notre temps, la rentrée se fait d'ailleurs dès le mois de juillet. On trouve sur la blogosphère quelques billets sur le thème comment accompagner la rentrée des enfants, mais rien sur celle des parents. Pourtant, la rentrée scolaire est une épreuve aussi pour les parents, et dans la plupart du temps, elle est difficile pour les enfants parce qu'ils en subissent les contre coups

 

Que la rentrée des classes soit éprouvante pour les parents n'est pas étonnant : les parents ne sont après tout que de vieux enfants. Chaque rentrée réactive les éprouvés et les souvenirs de rentrées particulières. Devant le nouvel enseignant, le parent se retrouve devant ses propres souvenirs, et pourra avoir tendance à traiter avec l'enseignant du passé plutôt qu'avec l' enseignant actuel. De son coté, l'enseignant vit la confrontation à ses propres parents. Chaque interlocuteur, dans ce carrefour du passé, aura tendance à traiter avec l'image de son souvenir plutôt qu'avec l'individu de la réalité. On comprend que cela ne manque pas de susciter quelques quiproquos.

Ces souvenirs peuvent être bons ou mauvais, ou marquer une rentrée particulière (maternelle, collège) et ils sont activés ou transmis dans le lien à l'enfant. On aura tendance à vouloir lui épargner ou lui faire vivre ce que l'on a vécu, l'empéchant par la même de vivre une expérience. Que l'on s'entende : ce qui est à éviter, ce n'est pas la protection qui est due à tout enfant, c'est la protection de soi-même-enfant au prétexte de la protection de son enfant.

Les conseils suivants valent aussi bien pour les "petites classes" que pour le collège et le lycée. Dans ces derniers cas, même si le professeur principal est l'interlocuteur privilégié, la multiplication des enseignants entraîne pour les parents une charge de travail plus importante. La bonne nouvelle est que le mail est ici aussi une "killing app"

 

Demandez au professeur son adresse email. Oui, la bonne adresse email peut être ici utile. Si l'enseignant trempe dans les matières numériques, cela augmentera votre capital sympathie. Il se peut même qu'il vous fasse part des expériences pédagogiques qu'il tente d'organiser en menant une guérilla sans relache contre l'Académie. Les mots de "réseaux sociaux", "blogs" et "wiki" seront sans doute lachés. Cet enseignant cherche des soutiens : rappelez vous l'adage : No Geek Left Behind et donnez lui un coup de main !

Comme vous le savez, les conversations par mail ont quelques avantages. Elles sont un moyen rapide de partager une information tout en en gardant une trace. Il est donc possible de revenir sur ce qui a été échangé et y réfléchir. Les difficultés sont aussi importantes que les avantages ; vous éviterez à tout prix de commencer une flame war avec l'enseignant en ne répondant jamais a chaud à un mail. Cette règle de bon sens intégrée, les joies du mail sont a portée de main. Vous disposerez sans doute d'un enseignant plus disponible, plus ouvert que celui que vous tentez de coincer à la sortie des classes.

 

Préparez les rencontres avec le professeur. Ne vous rendez pas aux rencontres pédagogiques les mains dans les poches. Posez vous quelques questions : qu'est ce qui est important pour vous ? Comment pouvez vous aider votre enfant ? Pouvez vous aider l'enseignant à faire son travail ? Que tente-t-il de faire ? Si cela vous aide, n'hésitez pas à faire une liste des choses à aborder. Dans la préparation de cette rencontre, vous n'oublierez pas de faire une place pour votre enfant : y a-t-il des sujets qu'il souhaite voir aborder ? Souhaite-t-il être présent ?

 

Maintenez un lien avec le professeur et l'école. Des outils comme le cahier de liaison existent, utilisez les ! Intéressez vous à ce que fait votre enfant à l'école. Plutot que le sempiternel "as tu bien travaillé", demandez plutot "t'es tu bien amusé" ou "as tu appris quelque chose d'intéressant". Prêtez attention aux messages transmis par l' enseignant, et faites lui part de vos remarques. Cela est d'autant plus important que l'enfant est petit. On comprend qu'en maternelle, une mauvaise nuit doit être signalée à l'enseignant mais qu'au lycée on laissera l'enfant s'en débrouiller. Signalez les événéments importants dans la vie d'un enfant : séparation ou mariage des parents, grossesse, décès etc.

 

 Participez a la vie de l'établissement. Les kermesses et diverses fêtes, les sorties scolaires, les journées porte ouvertes sont d'excellentes occasions pour rencontrer les personnes qui s'occupent de votre enfant et construire des liens. N'hésitez pas à donner un coup de main dans la mesure de vos possiblités

 

 Le professeur n'est pas un super héros. Même si l'enseignant est un représentant de votre histoire oedipienne, n'oubliez pas qu'il n'en reste pas moins homme. Il n'est pas tout puissant, il ne sait pas tout, il peut commettre des erreurs (et, ô péché humain, refuser de les reconnaître). Vous n'êtes pas là pour rendre les enseignants meilleurs. Votre objectif est de faciliter au mieux les apprentissages de votre enfant. Les enfants savent vite les travers des professeurs, et cela leur permet de mieux comprendre ceux de leurs parents. Vous serez donc gré aux enseignants d'aider aussi votre enfant a vous faire descendre de votre piédestal

 

Le professeur est suffisamment bon. S'il n'y a qu'une règle à retenir, c'est celle là. Suffisamment bon, cela signifie qu'il est valable pour la tache qui lui est assignée. Cela signifie aussi qu'il a ses bons et ses mauvais moments, et que cela doit être toléré. Cela signifie que vous lui faites confiance a priori.

 

Soyez absent. Voilà la chose la plus difficile : n'occupez pas le terrain, de saturez pas de votre présence l'espace pédagogique. Laissez de la place a l'enseignant et a votre enfant. Ce sont eux qui doivent construire quelque chose autour des apprentissages pas vous.

 

 

Ces quelques dispositions vous aideront a faire face aux problèmes qui manqueront pas de se présenter pendant l'année.

jeudi 10 septembre 2009

Combien de temps un enfant doit il jouer a un jeu video ?

Voilà une question qui m'est souvent posée : "Mais combien de temps peut on laisser un enfant jouer avec un jeu vidéo ?" Il est bien évidement sous-entendu que si on "laisse faire" l'enfant passera son après midi ou sa journée rivé à sa console de jeu ou à son ordinateur.
Je sens bien que la réponse que je donne habituellement : "Suffisamment longtemps" ne satisfait pas entièrement mes interlocuteurs. Mais je veux dire par là que ce sont les parents qui doivent régler le temps de jeu de leurs enfants. Il est important que ces questions soient pris en charge par la famille et non pas un "expert". Il est aussi important que les parents assument que  du point de vue de l'enfant, le temps de jeu sera souvent trop court.
Que les parent s'intéressent et sachent à quoi joue leur enfant ! Je suis toujours étonné que des parents puissent acheter des jeux qui peuvent coûter jusqu'a 60 euros sans trop se poser la question de ce qu'ils donnent à jouer à leurs enfants. Par contre, les enfants eux le savent parfaitement, et l'on entend en thérapie des enfants pérorer sur le fait qu'ils jouent à des jeux qui leur seraient interdits. Certes, il s'agit là d'un fantasme, car le PEGI n'est qu'une recommandation à la vente même si les enfants, et parfois les parents, l'entendent comme une restriction légale.
Savoir à quoi joue l'enfant permet aux parents de comprendre les mécaniques du jeu et de ne pas mettre des limitations qui vont être simplement frustrantes. Il est des jeux qui ne durent que quelques instants, et que l'on peut quitter sans autres formes de procès. D'autres, comme les jeux de Stratégie Temps Réel, prennent plus de temps. Certains jeux offrent des possiblités de sauvegarde à tout moment  et d'autres non. La connaissance du jeu permet de saisir a quel moment est ce qu'il est possible pour l'enfant d'arrêter de jouer
Elle a un autre effet très précieux : elle ouvre des zones de partage possible entre l'enfant et les parents. Courir aux cotés de son fils dans Tarides, tout comme faire une course à Mario Kart ou encore faire évoluer un Sim, à voila des plaisirs dont il serait dommage de se priver.
Mais je n'ai pas encore répondu précisément à la question  "Combien de temps peut on laisser un enfant jouer avec un jeu vidéo ?" "Suffisamment longtemps" signifie que l'enfant a pu aller jusqu'au bout du jeu. Cela signifie qu'il a vécu une expérience complète. Dans ce cas, il s' arrête simplement de jouer et passe à autre chose. Mais il est aussi des situations ou l'enfant ne joue plus. Il répète des phases de jeu, mais semble désoeuvré. On dirait que le plaisir du jeu l'a abandonné . Parfois, il s'énerve car il n'arive pas à faire ce qu'il veut. Il n'y a là plus de jeu, juste une répétition stérile dont il faut l'aider a sortir en lui indiquant que c'est le moment d'arrêter de jouer. L'idée est de l'aider a sortir d'une situation difficile : les réprimandes ou les menaces ont ici peu d'effet, en tout cas, peu d'effet éducatif. Mieux vaut aider l'enfant a reconnaître les moments ou le plaisir a disparu Il pourra alors s'arreter d'autant plus facilement de jouer qu'il aura la certitude qu'il pourra jouer à un autre moment.
Il est des parents qui ne seront pas a l'aise avec cette façon de faire. Qu'ils ne s'inquietent pas : la leur est certainement tout aussi bonne. Il est en effet possible de donner des créneaux horaires pendant lesquels le jeu vidéo est possible. Mais il faut alors respecter le cadre que l'on a donné à l'enfant et ne pas le changer tous les quatre matins. On évitera, par exemple, de lui demander de faire autre chose en pleine partie de Mario Smatch Football -
Au final, comme pour tant de choses avec les enfants, ce qui importe, c'est la cohérence et le respect avec lequel les limitations sont posées.

mercredi 9 septembre 2009

L'enfant a la console

Il n'est pas rare que les enfants, dans le cours de leur traitement psychothérapeutique, apportent dans le rendez-vous quelque chose de chez eux. Généralement, cela signe un changement dans l'investissement de la psychothérapie : un bout de "chez soi" est déplacé dans la psychothérapie. Il peut arriver que l'enfant mélange un moment ses jouets et ceux du psychothérapeute et qu'il trie ce qui lui appartient au moment de la séparation. Ce sont là des situations assez banales aux psychothérapies d'enfants.

Parfois, l'objet apporté est une console de jeu. L'enfant arrive à sa séance et joue, souvent dès la salle d'attente. Le thérapeute ne voit pas le jeu auquel l'enfant joue. L'enfant ne le lui dit pas. Il ne répond pas aux questions qui lui sont posées. Il semble tout entier absorbé dans son jeu. De la console s'échappe une musique gaie et une voix a la Mario crie de temps à autres quelques exclamations. Parfois, l'enfant dit quelques mots "chouette une étoile !", "je suis encore mort" ou "cette fois ci ça va réussir"

L'enfant à la console est une situation qui est intéressante à travailler dans le cadre d'une psychothérapie.

Elle est d'abord utilisé comme mesure de protection contre le psychothérapeute. Relié à sa console, l'enfant se met à une distance raisonnable du psychothérapeute vécu à ce moment comme trop intrusif. L'enfant se retire alors de relation proposé par le psychothérapeute.  L'enfant se protège ainsi de ses fantasmes de séduction, de dévoration, ou d'agression par la projection et le retournement actif passif.

La possession d'un objet source de tant de plaisirs peut également être un point important et ce d'autant plus que l'enfant possède alors quelque chose que ne possède pas le psychothérapeute. Tout le registre de l'avoir se greffe ici d'autant plus facilement que souvent la scène se joue sous le regard de la mère. Celle ci est alors appelée en position de complice ou de soutien des positions de l'enfant qui attend d'elle une reconnaissance sa maîtrise d'un objet si puissant.

Le psychothérapeute est mis en position de témoin impuissant. Il voit l'enfant jouer, mais ne sait pas ce à quoi il joue. Il pressent les effets d'excitation, d'énervement, ou de satisfaction que le jeu procure mais ce qui est pour l'enfant cause de plaisir ou de déplaisir lui est masqué. Il ne peut qu'en lire les reflets sur le visage de l'enfant. Il est possible qu'il soit mis dans la même position que l'enfant a eu a subir : vivre une excitation dont il ne sait rien et qui le dépasse.

Le jeu peut aussi être un donné à voir au psychothérapeute : il met en acte l'emprise de l'excitation sur l'enfant. La relation à l'objet est si prenante que l'enfant peine à l'abandonner. Les enjeux qui se reposent ici sont ceux des séparations premières : avec quoi joue t on dans l'absence de la mère ? Lorsque cette absence ne dépasse pas les capacités de l'enfant, ce dernier est capable de penser en son absence. Dans le cas contraire,  l'auto-érotisme ou les accrochages fétichistes à des objets sont des recours possibles. Le psychothérapeute peut aussi être amené à témoigner des réussites de l'enfant. Ce qui est donné a voir, ce ne sont plus les échecs mais les nouvelles possibilités de maîtrise de l'enfant.

Dans ce qui précéde, la console est maniée dans la relation : elle est sensée faire envie au psychothérapeute, obstacle au désir que l'enfant lui suppose ou la relation que l'enfant noue avec elle signifie quelque chose pour le psychothérapeute. Mais elle peut aussi être maniée dans un registre plus intra-personnel. Ce qui semble etre alors être un isolement dans le jeu vidéo est en fait une façon de revivre des interactions primitives. Serge Tisseron a appelé ce type d'accordage la "dyade numérique" : l'enfant reproduit avec le jeu vidéo le type de relation qu'il avait établi avec son environnement premier. Il peut s'agir d'une tentative de vivre un attachement sécurisé, de maîtriser des excitations, de vivre un accordage satisfaisant ou encore d'incarner un idéal. Par le jeu des sauvegardes et des répétitions, l'enfant est en effet certain de retrouver les même interactions et de se retrouver lui même identique interaction après interaction. Il peut également répéter les excitations auxquelles il a été exposé et tenter de les traiter, ou au contraire produire des excitations qui lui ont manqué imaginairement ou dans la réalité. Par le jeu rythmique, ce sont les accordages affectifs qui sont travaillés : le jeu vidéo fonctionne comme un miroir

Enfin (?), comme objet, la console a une histoire. Elle a été offerte par quelqu'un, achetée avec l' assentiment ou la réprobation des parents. Son utilisation est source de conflits. Il arrive que l'on menace de la confisquer et son usage est alors conditionné à sa "gentillesse". Jouer avec la console, c'est alors une façon de se remémorer des conflits et des personnes.