mercredi 11 mai 2011

Les 7 étapes de la haine dans les groupes

John R. Schaffer et Joe Navarro ont donné un modèle en sept étapes des groupes haineux qui permet de mieux comprendre comment se met en place le harcèlement.

Shaffer et Navarro travaillent au FBI. Il se basent sur une étude de groupes de skinhead qui a fait émerger des éléments spécifiques. Il s’agit de jeunes blancs âgés de 14 à 24 ans, élevés généralement dans une famille monoparentale et ou dysfonctionnelle. Mais la clé de ces groupes est qu’ils sont composés de personnes profondément insécures.

Plus une personne est insécure, plus elle a de chance de s’appuyer sur la haine de l’autre pour masquer ses propres angoisses. La haine est en effet un ciment extrêmement efficace : elle est un sentiment universel, elle procure des émotions extrêmement fortes, et elle lie d’autant plus étroitement un groupe que chacun craint d’être l’objet de a haine de tous les autres. Agresser un autre, extérieur au groupe, c’est l’assurance de ne pas être agressé par le groupe.

Ce modèle prend en compte comment les groupes  haineux se définissent, comment ils désignent leur victime, comment ils la provoquent et finalement l’agressent. Leur modèle est basé sur l’insécurité : “toutes les personnes insécures ne sont pas haineuses, mais toutes les personnes haineuses sont insécures”. Il font remarquer que la haine peut être rationnelle ou irrationnel, mais que les groupes haineux privilégient l’irrationalité.

Le modèle donne les 7 stades suivants :

Stade 1. Les personnes haineuses se rassemblent

La haine est rarement vécue dans la solitude. Les personnes haineuse haïssent en commun. La haine vécue en commun est un soutien de l’estime de soi. Elle empêche les mouvements introspectifs qui permettraient de critiquer l’irrationalité de la haine. La situation groupale donne un anonymat protecteur et diminue le sentiment de responsabilité

Stade 2. Le groupe haineux se défini .

Des symboles, des rituels, et des mythologies servent à dévaloriser l’objet haï et à augmenter l’estime de soi des membres du groupe.  Les symboles utilisés vont des vêtements à des signes secrets par lesquels les membres du groupe se reconnaissent. Les mythologies explicitent  pourquoi l’objet doit être haï.

Stade 3. Le groupe haineux dénigre une cible.

En rabaissant l’objet de leur haine, les membres du groupe augmentent leur image de soi et leur statut dans le groupe. Les membres du groupe se livrent à une escalade dans les manifestations de haine pour  montrer à quel point ils sont attaché dans le groupe et pour se différencier dans le groupe.

Stade 4. Le groupe haineux provoque une cible.

L’escalade donne lieu a un premier passage à l’acte. Le groupe provoque verbalement une cible. Des insultes sont proférées, et des geste offensant exécutés. Des graffitis peuvent apparaitre dans l’environnement de la victime. Le groupe proclame la possession de territoires a proximité de (ou appartenant à)la victime, ou

Stade 5. Le groupe haineux attaque la cible.

Un nouveau degré est franchi : des coups sont portés. Les attaques ne sont plus verbales, elles sont agies. Le groupe exécute des rondes à la recherche de cibles. La violence soude le groupe tout en l’isolant du reste de la société. Plus la violence est grande, plus l’isolement est grand, plus le groupe est soudé, plus le groupe recours à la violence pour assurer à ses membres une estime de soi et une sécurité suffisante.

Stade 6. Le groupe utilise des armes contre la cible

Le groupe s’équipe d’armes et les utilise contre la cible. Les armes blanches sont préférées pour le contact immédiat avec cible. Elles nécessitent la mise en jeu d’une très grande violence tout en restant dans un contact maximum avec la cible.

Stade 7. Le groupe détruit la cible.

La destruction de la cible donne un sentiment de toute puissance aux membres du groupe. L’estime de soi est renforcées à un très grand niveau. Mais cette augmentation est fictive, car elle n’est pas conforme aux idéaux de la société.

 

Le modèle en 7 étapes de la haine à l’école ou au travail.

Le modèle a été construit à partir des groupes de skinheads, mais il est tout à fait utilisable dans le contexte du harcèlement au travail ou à l’école. La destruction de la cible est symbolique. Elle n’en est pas moins réelle.

Au travail ou à l’école, une personne vivant à l’encontre d’une autre un sentiment haineux aura tendance à chercher d’autres personnes avec qui partager ce sentiment (Stade 1). Le groupe adopte des symboles et des comportements qui le définissent. On se tait à l’approche de la cible, on utilise des mots-clés pour parler d’elle en sa présence, on l’isole des activités du groupe (Stade 2). Les personnes dénigrent ensemble la cible (Stade 3) Puis la cible est ouvertement insultée, directement ou par des réflexions faites à haute voix (Stade 4) Des inscriptions sont faites sur le bureau de la cible, ses affaires sont abimées ou détruites, des images photoshoppées la montrent tuée. (Stade 5) La réputation  de la cible est attaquée au travers de rumeurs et de d’insinuations lancées par le groupe (Stade 6). L’environnement de la cible devient invivable (Stade 7).

En France, des Assises Nationales sur le harcèlement à l’école ont été suivies par une campagne de sensibilisation sur la violence scolaire. Le phénomène n’est pas nouveau. On le trouve déjà sous la plume de Gustave Flaubert :

Je fus au collège dès l'âge de dix ans et j'y contractai de bonne heure une profonde aversion pour les hommes, - cette société d'enfants est aussi cruelle pour ses victimes que l'autre petite société - celle des hommes.” Gustave Flaubert. Mémoires d’un fou

D’autres exemples du harcèlement scolaire dans la littérature

Les réseaux sociaux donnent a la haine de nouveaux terrains d’expression. La haine se poursuit dans le cyberespace, et permet de toucher la cible ou qu’elle se trouve. Les sites de réseaux sociaux permettent de trouver rapidement des personnes ayant un objet de haine commun (Stade 1), d’utiliser des symboles comme des hastag ou des images de profil pour se reconnaitre (stade 2), dénigrer la cible sur le réseaux (stade 3). Le réseau social est ensuite utilisé pour insulter la cible (stade 4). Au stade suivant (Stade 5) son espace numérique est attaqué (vol d’identité, et diffusion d’éléments personnels sont caractéristiques). La réputation de la cible est attaquée par des campagnes de diffamation (stade 6) et la cible finit par quitter le réseau social ou l’internet (stade 7)

 

L’intérêt de ce modèle est qu’il donne une représentation de ce qui se passe et de ce qui risque d’arriver.  Plus l’intervention se fait en amont dans le modèle, plus elle est efficace. La cible n’a pas eu à souffrir de dommages parfois irréversibles, et les la haine n’a pas eu le temps de souder des identités dans un groupe.

Des graffitis haineux sur une table ou des messages provocateurs sur le mur facebook d’un enfant ne sont pas des choses bénignes. Ce sont des signes à prendre au sérieux, et à traiter rapidement afin que les choses n’aillent pas plus loin.