lundi 29 décembre 2014

Les enfants, le temps et les écrans



La multiplication des écrans et leur implication dans nos loisirs, nos vies privées et professionnelle suscite de plus en plus de questions auxquelles les recherches tentent de répondre de manière raisonnée. Quel est l’effet des écrans sur nos vies sociales ? sur nos vies privées ? sur nos métiers ? L’effet des écrans sur les enfants est un domaine de recherche particulièrement important parce qu’il répond a des questions, et parfois des inquiétudes, du public.


L’effet des écrans sur le développement des enfants ne dépend pas uniquement du facteur temps, ni même de l’âge de l’enfant. La manière dont l’écran est utilisé et les médias qu’il diffuse sont également des éléments déterminants. Les écrans sont des médiateurs. Ils peuvent aussi bien être des portes que l’on ouvre que des portes que l’on ferme. Dans le premier cas, ils sont au service de la relation avec l’autre, des apprentissages, ou tout simplement du plaisir d’une activité. Dans l’autre cas, ils sont utilisés comme moyen de fermeture ou de verrouillage de la relation. 


Pendant des années, les professionnels de la petite enfance ont recommandé aux parents d’éloigner les jeunes enfants des écrans. La recommandation était sensée. Elle s’appuyait sur le fait que le développement des enfants dépend des liens privilégié qu’ils construisent avec l’environnement humain. Une somme très importante de recherche montre que tout ce qui nuit à la construction des liens d’attachement est préjudiciable à l’enfant et à l’adulte qu’il va devenir. 

Cependant, cette position tient également au fait que les professionnels de la petite enfance ont généralement tendance a avoir une perception négative de la technologie. Celle-ci est perçue comme froide et excessivement simple et opposé à un monde humain qui serait chaleureux et complexe. Une étude, publiée dans la revue Computers in Human Behavior va dans ce sens. Elle montre que des enfant de sixième qui passent cinq jours sans être exposé à la technologie lisent mieux les émotions humaines que ceux qui ont accès à leurs téléphones, ordinateurs et télévision . Cependant, d’autres études vont dans le sens opposé. Par exemple, il a été montré que des enfants de 24-36 mois sont capables d'apprendre des mots nouveaux sur Skype ou en face-à-face. L’important n’est pas la présence de l’écran mais le fait que la situation soit socialement significative.

Il faut aujourd'hui mieux prendre en compte que les pratiques autour des écrans ont changé. Ils permettent des temps d’interaction et de plaisir partagés. Ils ne sont donc pas nécessairement des obstacles à des interactions authentiques. La clé essentielle n’est pas le temps passé avec les écrans. Celui-ci devient un facteur positif lorsque les enfants et les enfants les utilisent conjointement et avec plaisir. Il est donc temps de modifier la recommandation “pas d’écran avant trois ans” par un “pas d’écran seul avant trois ans”


  • Uhls, Yalda T et al. "Five days at outdoor education camp without screens improves preteen skills with nonverbal emotion cues." Computers in Human Behavior 39 (2014): 387-392.
  • Roseberry, Sarah, Kathy Hirsh‐Pasek, and Roberta M Golinkoff. "Skype me! Socially contingent interactions help toddlers learn language." Child development 85.3 (2014): 956-970.