jeudi 23 février 2012

Représentation des angoisses adolescentes dans les films cultes

L’adolescence est un moment catastrophique à la fois par l’ampleur des changements mis en jeu et par leur rapidité. Les films cultes portent les traces de ces bouleversements psychiques dans les thèmes qui sont abordés, mais aussi dans la manière dont l’espace est traité.
Sébastien Dupont montre que les films cultes chez les adolescents mettent en avant plusieurs types d’espaces : l’immensité et le vide, les espaces enfouis, les espaces intermédiaires et les limites de l’espace humanisé.
Les immensité que les films comme Star Wars mettent si bien en valeur correspondent au sentiment de l’adolescent qui perçoit un monde nouveau. Quittant le monde de l’enfance, l’adolescent qui voit l’infini des possible s’ouvrir à lui est saisit de vertiges. L’espace peut dont aussi être perçu comme vide ou insuffisamment soutenant. L’angoisse de ne plus être soutenu par les parents ou l’environnement est alors traduite dans des images de gouffres sans fin dans lesquels le héros risque sans cesse de tomber. Parfois, le vide est objet de défis : il est alors le support de rêveries associées au vol comme dans Top Gun (Tony Scott, 1986) ou dans Star Wars lorsque le personnage maitrise “la force”
Aux immensités s’opposent dans l’imaginaire adolescent les espaces réduits et confinés. Ces espaces renferment des peurs infantiles : peur d’être enfermé, enterré, écrasé, mangé … Elle sont figurées par les situations dans lesquelles le héros se retrouve dans un environnement confiné dont les limites se réduisent peu à peu : l’enterrement de Black Mamba dans Kill Bill, l’emprisonnement de Luke et ses compagnons dans L’empire contre-attaque (Irvin Kershner, 1980) en sont deux exemples
Les espaces peuvent aussi être des espaces intermédiaires. Beaucoup d’actions se déroulent dans des espaces qui ne sont ni l’inconnu des immensités vides, ni le trop connu des espaces clos. Ce sont des espaces publics, anonymes, intermédiaires entre le connu et l’inconnu. Les squats dans Le péril jeune en sont un exemple.
Enfin, les films cultes adolescents mettent en scène un dernier type d’espace. Ce sont les limites de l’espace viable et/ou humain qui sont alors représentés. Ils expriment le désir inconscient de retourner à un état de nature imaginaire qui serrait libéré des pesanteurs des relations interhumaines. Le grand bleu (Luc Besson, 1988) met en scène ce fantasme dans l’abandon de Jacques aux profondeurs de la mer.
Ainsi, le culte que vouent les adolescents a certains films tiennent au fait qu’ils traitent de leurs angoisses. La répétition des visionnages, l’apprentissage par cœur des dialogues leur permet de traiter petit à petit les angoisses profondes auxquels les soumettent le processus adolescent. Les représentation de d’espaces trop grands ou trop vides, trop étriqués, enfouis, intermédiaires ou vides de la présence humaine leur permettent de traiter les angoisses d’une psyché insuffisamment tenue , ou trop à l’étroit dans un corps, d’avoir des représentations de ce qui se passe à l’intérieur de soi (le corps comme caverne primitive), de se trouver des lieux ni trop proches ni trop lointains, ou rêver d’une vie loin de l’industrie humaine.

pdf-file-logo-icon (1)Dupont S. (2010) Les représentations adolescentes de l’espace dans les films cultes : l’immensité, le vide, les espaces enfouis, intermédiaires. In Jocelyn Lachance, Hugues Paris, Sébastien Dupont Film Culte et culte du film chez les jeunes 
Sébastien Dupont blogue sur http://blogadolescence.canalblog.com