mardi 27 octobre 2009

L’inconscient du ris de veau

Pendant la seconde guerre mondiale, aux Etats Unis, la psychologie a été conviée a participer a l'effort de guerre. Le mot d'ordre est la chasse au gaspi, et elle se fait jusque dans les casseroles des ménagères américaines. Or, celles-ci répugnent à cuisiner certains morceaux pourtant bien moins onéreux : les rognons, cœurs, et autres ris de veau restent systématiquement sur les étals. On appelle un psychosociologue, Kurt Lewin, qui propose deux types de dispositifs. Dans le premier, une personne vient faire un exposé sur les avantages diététiques et économique de la consommation de ces morceaux. L'effet sur le changement des pratiques alimentaires est... nul. Dans le second dispositif, les ménagères discutent librement de cuisine et de pratiques alimentaires. Elles en viennent à parler de leurs répugnances vis à vis de certains morceaux, et réclament à un expert des conseils culinaires. Le groupe vote une décision : on servira désormais à table des abats. Ce que firent effectivement un tiers d'entre elles.

Pour Lewin, cela montre qu'il est plus facile de changer les normes d'un groupe que celles d'un individu, et qu'une décision prise en groupe engage davantage qu'une décision individuelle.

Didier Anzieu en a complété l'analyse en montrant que le changement n'avait été possible que parce que les résistances inconscientes avaient été mises à jour durant la discussion.

Leur groupe n'a pu être la mise en commun des raisons - patriotiques, budgétaires, calorique et gastronomiques - de consommer ces morceaux parce que au préalable, il avait été la mise en commun des fantasmes, des angoisses, des émois associés chez chacune à ces morceaux, et ceci pour des raisons qui peuvent être variables dans l'histoire individuelle de chacune mais qui entrent en consonance avec les motifs des autres. Didier Anzieu, Le groupe et l'Inconscient.

 

Mais que mettons donc en commun comme fantasmes, angoisses, et émois sur nos groupes en ligne et nos réseaux sociaux ?