mardi 10 avril 2012

Télévision, jeux vidéo et trouble de l’attention

La télévision et les jeux vidéo sont liés à des problèmes d’attention est la conclusion d’une étude publiée par la revue Pediatrics. Une cohorte de 1323 écoliers a été étudiée pendant treize mois. Leurs habitudes en termes de télévision et de jeux vidéo ont été relevées et corrélées aux observations de leurs enseignants en ce qui concerne l’attention et les performances scolaires.

Les enfants qui passent le plus de temps devant la télévision ou à jouer avec un jeu vidéo sont ceux qui sont repérés par leur professeurs comme ayant le plus de problèmes d’attention. L’exposition moyenne quotidienne aux écrans étant de 4,26 heures pour les plus jeunes et 4,82 heures pour les adolescents, les auteurs de l’étude rappellent la recommandation de l’American Academy of Pediatrics  qui est que les enfants ne devraient pas passer plus de deux heures devant les écrans.

Television
exposure and video game exposure
showed small to moderate
correlations with concurrent attention
problems

Lorsque l’on regarde d’un peu plus près l’étude, plusieurs choses retiennent l’attention. D’abord, l'exposition à la télévision et aux jeux vidéo sont moyennement à modérément corrélés avec des problèmes d’attention. Les coefficients de corrélation sont de 0.23 pour les plus jeunes et 0.27 pour les adolescents.

La corrélation mesure la manière dont deux séries de facteurs varie. Il est égal à 1 lorsque l’une des variable dépend de l’autre, et égal à –1 lorsque le lien est négatif. On interprète comme lien faible les corrélations comprises entre -0.5 et 0.5. Avec un coefficient inférieur à 0.30, les auteurs de l’étude font donc preuve d’une certaine surinterprétation en concluant à un lien modéré. L’interprétation la plus plausible est qu’il y a peut être un lien, mais que la relation observée peut tout aussi bien être due au hasard.

Ensuite, les professeurs ne sont pas les meilleurs juges pour mesure le trouble de l’attention. Pour pallier, ce biais, l’étude utilise plusieurs juges et fait la moyenne des scores obtenus. Mais la moyenne d’une mauvaise mesure reste une mauvaise mesure

La notion même de trouble de l’attention pose problème. L’application du diagnostic à tout enfant un tant soit peu inattentif ou agité – ce qui est le lot de tous les enfants – a conduit à une augmentation de 66% du diagnostic de trouble de l’attention.  Aux USA, il a été estimé que 2,8 millions d’enfants américains avaient reçu le diagnostic de trouble de l’attention (avec ou sans hyperactivité). Dans certains états, la prévalence du trouble peut atteindre 15% chez les 4-17 ans ! Prendre des amphétamines comme la Ritaline au seuil de l’adolescence va-t-il devenir aussi banal que porter un appareil dentaire ?

Les sondages effectués sur le sol américain donnent des chiffres bien inférieurs à ceux de l’étude. Les enfants et les adolescents affirment jouer moins d’une heure en moyenne (voir par exemple l’étude de  Common Sense and Media, 2010).

Les études d’usage montrent que les enfants utilisent les écrans de plus en plus tôt. Nous savons aussi que ces écrans seront de plus en plus nombreux dans les environnements professionnels. Il est aussi évident que les écrans vont intégrer les salles de classe. Restreindre l’accès aux écrans est de ce point de vue aussi illusoire que contre productif. Il serait bien plus adapté d’accompagner les enfants dans leur approche des écrans tout comme on les accompagne dans leur approche des livres.

 

Pour conclure, il me semble que ce genre d’étude contribue à alimenter des paniques morales en jetant le doute sur des objets techniques. Généralement, le lien trouvé par l’étude n’est pas évident, mais un bon titre permet à certaines d’être diffusés par les médias. Elles sont infiltrées d’une  idéologie moralisante. Finalement, qui est reproché aux écrans de télévision, de console, et d’ordinateur, c’est d’abord le plaisir qu’ils apportent aux enfants. Passer une heure par jour à jouer, c’est se rendre coupable détourner son attention de ce qui devrait être le lot des enfants : faire leurs devoirs

Je parie que lorsque tous les devoirs se feront sur des écrans, il n’y aura plus de lien avec le trouble de l’attention.

 

pdf-file-logo-icon (1)Television and Video Game Exposure and the Development of Attention Problems Edward L. Swing, Douglas A. Gentile, Craig A. Anderson, and David A. Walsh Pediatrics 2010; 126:2 214-221; published ahead of print July 5, 2010, doi:10.1542/peds.2009-1508

http://pediatrics.aappublications.org/content/126/2/214.full.pdf+html?sid=9fc56e92-e3b9-4bd1-8e92-3b37353e79e5

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