mercredi 14 avril 2010

Sur Internet, l’Elysée n’a pas d’amis

image A ma dernière visite, le compte Twitter @elysee avait 1887 followers et 0 amis.   Il était l’auteur de trois messages : le premier encourageait à retrouver le président de la république, le second faisait état du voyage du président aux USA et le troisième d’un hommage du président aux résistants des Glières.

Depuis rien.

Pourtant, les twitts laissaient présager d’une certaine connaissance des mécaniques de twitter puisqu’ils comportaient tous une URL ce qui les rend plus “retwittables”.

A titre d’exemple, les twitter de la Maison Blanche et du 10 DownignStreet sont respectivement suivis par 1,7 million de comptes. Les politiques de représentation publique sont très différentes. La Maison Blanche suit 99 comptes et le 10 Downing Street suit un peu plus de 479 mille comptes. Les uns ont une politique de la rareté et les autres de multitude mais tous se trouvent en ligne d’une manière dynamique.

Le comportement du compte twitter @elysee est d’autant plus incompréhensible que d’évidence la façon dont la présidence américaine se conduit sur le réseau est très suivie par la présidence française. Le désir d’imitation transparait jusque dans la présentation du nouveau site elysee.fr qui copie le design de celui de la Maison Blanche

Lire “0 amis” sur le compte Twitter @elysee est un message en soi : le compte ne suit personne, n’écoute personne, ne lit personne. Il fonctionne sur le modèle des média pré-internet  en diffusant des messages qui vont du sommet vers la base. On serait tenté de penser que le compte twitter @elysee est à l’image de la présidence actuelle ou que encore une fois quelque chose est commencé

Twitter est un excellent poste d’observation de la mauvaise humeur avec laquelle les institutions françaises se mélangent aux cultures numériques. Avec ses 0 amis, @Elysee est un exemple emblématique, mais d’une manière générale, les comptes des politiques français fonctionnent comme des service de presse : je vais à telle émission, je fais ceci, je participe à cela. Moi. Moi. Moi. Mais l’idée d’un politique n’est elle pas d’être au service des autres ? La présence d’un politique sur le réseau peut elle se résumer à son agenda ?

L’équation est simple : si vous n’êtes pas prêts a adopter les règles du jeu, n’allez pas sur Internet. Si vous êtes une institution et que nous n’êtes pas prêts à répondre 24/7 sur twitter, alors n’y allez pas. Si vous ne supportez pas les commentaires négatifs que votre présence  va nécessairement provoquer, alors n’y allez pas. Si vous n’êtes pas prêts à participer à la vie en ligne, alors n’y allez pas. Si vous y allez sans suivre les règles du jeu,  votre présence sera contre productive.

Si vous y êtes, jouez le jeu :  @whitehouse n’hésite pas à retwitter et à utiliser les hashtags.  Si vous y êtes, ayez une vision. C’est le moins que l’on puisse attendre d’une institution ou d’un politique. Choisissez entre la politique de la rareté (Über) ou de la multitude (zergling).

En un mot : Participez ! Participez ! Participez !

La participation est au cœur de l’Internet, et ce depuis sa création. Cette participation peut être brouillonne, passionnée, débordante, mais  ce bouillonnement, cette passion, ces débordements sont  pour un compte comme @elysee une matière à travailler. Il n’y a pas à la fuir : elle est l’image d’une partie des citoyens français. Bien évidement que toute présence en ligne d’une figure ou d’une institution politique donne prise à des cyber sitting. Mais c’est justement du fait de ces possibilités que la la présence des politiques sur le réseau devient de plus en plus urgente. Il faut aller là ou l’expression politique se fait, et non se plaindre encore et encore du désintérêt des français pour la vie politique. Je n’ai aucun goût ni aucune confiance pour une politique qui se ferait par les multitudes à coup de “like” et “unlike” mais je pense que nous avons sur le réseau des outils qui nous permettent de faire politique ensemble. Pourquoi s’en priver ?

 

Personnellement, je trouve qu’il est dommage et dommageable que les institutions publiques ne soient pas en ligne. La participation est au cœur de l’Internet, Mais je préfère les voir absentes plutôt que de mésuser du réseau