vendredi 2 avril 2010

Google, Facebook, le psychothérapeute et le patient.

Le Washington Post se fait l’écho des “nouvelles” question posées par Google et Facebook pour les psychothérapeutes américains. De plus en plus de psychothérapeutes constatent que l’Internet frappe à la porte de leurs cabinets.

Ainsi, un psychiatre rapporte comment, alerté par le mail d’un proche d’un de ses patients dépressif, il est allé lire son blogue et devant les billets alarmants a pris la décision d’’appeler le 911 qui le trouvera chez lui inanimé. Tentative de suicide par médicaments.

Dans cette histoire, une vie a été sauvée mais les limites entre le privé et le public ont été franchies. Elles l’ont été à plusieurs reprises. Elles l’on été par l’ami qui a fowardé le mail du patient au psychiatre. Elles l’ont été par le psychiatre qui a lu le blogue de son patient. Que le blogue sont dans un espace public ne change pas grand chose, car les psychothérapeutes ne travaillent qu’avec ce que le patient apporte pendant la séance.

 

Histoire

L’histoire des rapports entre la psychothérapie et le cyberespace n’est pas nouvelle. Les patients et leurs proche ont d’abord utilisé le réseau comme un espace ou se rencontrer. Les groupes Usenet et les listes de diffusion ont servi de groupes de soutien. Puis des psychothérapeutes ont mis en ligne des élément

Dès 1985, l’Université de Cornell met en place un service d’information en ligne : les questions sont posées à Oncle Ezra, et la réponse est posée sur le réseau.  Si certaines questions concernent le xxx psychologique, il faudra attendre 1995 pour que des psychothérapeutes comme Simon Ehlert et David Sommers tentent de pratiquer dans le cyberespace. Cette même année. Maria Ainsworth donnera dans My Life as an e-patient le premier récit d’une psychothérapie en ligne.  Il sera publié dans le livre de  Robert C. Hsiung [1], connu sur le réseau sous le nom de Docteur Bob. En 1999, portés par l’imaginaire du nouveau millénaire, des psychothérapeutes de l’International Society fo Mental Health Online travaillent ensemble dans le cadre de l’Online Study Case Group et produisent une série de recommandations pour le travail clinique en ligne

 

Situation actuelle

La situation actuelle est très différente de celle rencontrée par ce groupe de travail. L’Internet est devenu pervasif, et les données que les patients et les psychothérapeutes laissent en ligne sont de plus en plus nombreuses. Comment travailler comme psychothérapeute à l’époque de Facebook et de Google ? Certes, avant l’Internet et les psychothérapeutes avaient une vie publique : ils écrivaient des livres, apparaissaient dans les médias. Mais un livre est un objet idéal très différent du blogue : on n’y trouve pas de fautes d’orthographe, et si l’on en trouve, on les impute à l’éditeur. Le livre est débrayé de la temporalité du psychothérapeute, tandis que le rythme de publication des billets d’un blogue ou de tweets peuvent pointer assez précisément sur  des éléments qui n’appartiennent pas à la vie professionnelle du psychothérapeute. Ensuite, l’Internet donne à tous les psychothérapeutes l’occasion d’avoir un espace de publication, alors que le marché de l’édition sélectionnait une infime portion des psychothérapeutes

 

Nouvelles donnes.

Face à cette situation, certains psychothérapeutes choisissent de ne pas être sur le réseau. Ils y sont par les annuaires professionnels ou par ce qu’en disent les patients, mais ils n’y sont pas de leur propre chef.

D’autres choisissent d’y être en prenant soin de ne poster que des éléments en lien avec leur vie professionnelle. Ils bloguent/twittent/réseautent sur la psychothérapie et considèrent que cela correspond a l’écriture des livres d’antant

D’autres trouvent que le réseau apportent des éléments qui peuvent leur être utile dans leur travail. Ils lisent les blogues de leurs patients, et certains vont même jusqu’à les googliser. On est là, clairement, dans des zones grises dans lesquels on sent que l’éthique est mise à mal. En effet, même avec le consentement du patient, lire son blogue, que ce sont pendant la séance ou pas, c’est aussi être en contact avec les commentateurs des billets;

Les psychothérapeutes travaillent dans un environnement dont ils maitrisent les variables : le moment des rendez-vous, leur fréquence, les objets du cabinet… Tout cela les aide à construire un cadre dans lequel il vont pouvoir travailler la réalité psychique de leur patient. C’est ce dispositif que l’Internet bouleverse puisqu’il est possible au psychothérapeute et au patient d’en savoir beaucoup plus l’un sur l’autre que ce qui est apporté en séance.

Cela peut amener à des situations compliquée. Un patient pris dans un transfert érotomaniaque peut porter plainte pour viol en donnant des détails très précis sur un détail anatomique du psychothérapeute… qu’il aura trouvé sur Flickr. Il peut aussi faire le siège des lieux en ligne que fréquente son psychothérapeute ce qui aura, à terme, un effet sur l’identité en ligne de ce dernier.

 

L’internet pose un problème compliqué 

L’internet pose un problème compliqué aux psychothérapeutes  et il n’est pas de manière simple de le résoudre. Etre absent du réseau ne résout rien, car l’absence de trace en ligne est en soi une information. Y être non plus car on est confronté à un matériel qui  peut être difficilement travaillable dans le cadre de la psychothérapie – que fait on si on lit en ligne que le patient ment en psychothérapie ? – et l’on produit un matériel qui peut aussi faire retour dans la psychothérapie .

 

S’il n’y a pas de réponse simple, il est assez évident que les positions idéologiques – l’internet est une/l’internet est une merveille – sont à travailler collectivement dans les instances professionnelles, dans des colloques, et dans des groupes de travail clinique

 


[1] Hsiung, Robert C. 2002. E-Therapy: Case Studies, Guiding Principles, and the Clinical Potential of the Internet. W. W. Norton & Company.