lundi 3 janvier 2011

Affectiva, machine à reconnaitre les émotions

Emotions

De tous les objets, le visage est celui qui reçoit le plus d’attention. Il est discriminé dès la naissance par le nourrisson humain de tous les autres objets qui l’entourent. C’est aussi celui qui contient le plus d’informations. Le visage exprime les émotions, et il est généralement facile de décoder à partir de signes simple. La commissure des lèvre qui remonte exprime le plaisir, une face empourprée signale l’embarras, des sourcils froncés la colère etc.

Il existe déjà des dispositifs capables d’interpréter les signes vitaux à partir de l’image d’un visage capté par une webcam. Ming-zher Poh, un étudiant du MIT a mis au point une caméra qui lit le rythme cardiaque sur les visages.

Toujours au MIT, une équipe de chercheurs a fait le pas suivant. Il ne s’agit plus de chercher des variables physiologiques mais d’en donner une interprétation psychologique. Affectiva fait ce que nous faisons quotidiennement : le dispositif scrute les visages, discrimine les informations pertinentes, et en donne une interprétation en terme d’émotions. L’intelligence artificielle est formée d’une webcam qui capte l’information et d’un programme qui produit l’interprétation en traduisant l’image en une série de données physiologiques.

Le programme pourrait servir de la même façon que les pictogrammes. Les pictogrammes sont de petites images qui expriment une émotion, une situation, ou qui représentent un objet de la vie quotidienne. Ils sont parfois utilisés comme médiateurs avec des personnes présentant un trouble autistique. Selon les chercheurs,  leur programme pourrait être utilisé de manière comparable. Affectiva  pourrait servir de prothèse cognitive en indiquant à la personne l’humeur dans laquelle se trouvent ses interlocuteurs

Les chercheurs imaginent aussi des applications plus industrielles. Affectiva pourrait être utilisé lors des screening tests des studios de cinéma. Le dispositif pourrait suivre scène par scène les émotions des spectateurs et aiderait le réalisateur ou la production à . Si l’on est optimiste, on peut se dire que des dispositifs de ce type pourraient aider à la création en donnant un outil pour “sculpter” les émotions. Mais on peut aussi se dire que l’on aurait là un outils de formatage d’une belle efficacité.

On peut aussi imaginer des utilisations dans le cadre de la surveillance. Le cinéma nous a rendu familiers avec le détecteur de mensonges utilisés par les enquêteurs américains et l’on imagine assez facilement que Affectiva pourrait être utilisé dans un tel cadre.

 

Donner à voir l’invisible est un rêve qui hante l’imagerie scientifique. La finesse des images obtenue par les techniques de l’image est aujourd’hui souvent impressionnante. On ne se lasse d’admirer la beauté d’images  de cerveaux de personnes en méditation, en train de rêver ou en train de penser à quelque action. On en oublie presque quelques détails. Le premier est que l’on ne sait pas ce que l’on voit . De la même façon que l’image d’une pipe n’est pas une pipe, l’image d’une émotion ou d’une pensée n’est pas l’émotion ou la pensée en question. L’illusion consiste à réduire l’intériorité à une succession de variables physiologiques : la joie, la colère, la surprise sont réductibles à la pression artérielle, au rythme cardiaque ou à l’impédance de la peau. Enfin, la dernière illusion est celle de toute image : elle consiste a nous faire confondre le visuel avec le vrai, le vrai avec le beau, et finalement le beau avec le bien.

 

Pour aller plus loin : Emotion research by the people, for the people

Crédit photo : Emotions par Roger Smith