mardi 29 septembre 2009

L'affaire Polanski et les effets du traumatisme

Je suis consterné du traitement fait à l'affaire Polanski.

Les faits : un réalisateur de renom est arrêté en Suisse parce qu'il est sous le coup d'un mandat pour une affaire de de moeurs datant de 1978 mettant en cause une mineure. Une pétition lancée à l'initiative de Serge Toubiana, Directeur général de la cinémathèque française, appelle à soutenir Roman Polanski. Que "Les cinéastes, acteurs, producteurs et techniciens, tous ceux qui font le cinéma du monde, tiennent à lui manifester leur amitié " rien de plus normal. Que Serge Toubiana trouve et s'insurge "qu’une manifestation culturelle internationale, rendant hommage à l’un des plus grands cinéastes contemporains, puisse être transformée en traquenard policier" cela peut se comprendre.

Ce qui se comprend moins, ce sont les raisonnements à la Bernard Henri Lévy : voilà donc une histoire de trente ans, que va ton ennuyer un vieillard qui a d'ailleurs tant su nous enchanter ? Que va-t-on poursuivre un homme alors que la plaignante a pardonné ? N'est-ce pas là le signe de la profonde malveillance de la justice ?

Sur le traitement juriridique de l'affaire, on lira Maitre Eolas in extenso

[Polanski] est visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice de l’État de Californie pour une affaire remontant à 1977. Il a à l’époque eu des relations sexuelles avec une mineure âgée de treize ans après lui avoir fait boire de l’alcool et consommer des stupéfiants. Si mon confrère Dominique de Villepin me lit, qu’il ne s’étouffe pas d’indignation en invoquant la présomption d’innocence : celle-ci a expiré peu de temps après les illusions de cette jeune fille, puisque Roman Polanski a reconnu les faits en plaidant coupable. La culpabilité au sens juridique de Roman Polanski ne fait plus débat. Roman Polanski, après quelques jours en prison, a été remis en liberté dans l’attente de l’audience sur la peine. Il en a profité pour déguerpir et a soigneusement évité le territoire américain pendant trente ans. Maitre Eolas

Personnellement, je me soucie moins du sort de Polanski que des enfants et des adultes qui ont eut a faire avec la pédophilie.

Toute rencontre précoce de la sexualité d'un adulte par un enfant a des effets terribles sur son développement. Ces effets sont tels qu'ils vont jusqu'a toucher la génération suivante et parfois même celle d'après. Au final, pour un enfant abusé, ce sont trois générations touchées par la dépression, la folie, ou le suicide.

Cela est du au fait que l'enfant n'a pas la maturité dans son corps et dans son psychisme pour traiter ce que l'adulte lui impose. L' excitation et les fantasmes de l'adulte le débordent et il y  réagit par un clivage de son moi : une partie de son psychisme renferme cette excitation incompréhensible, et l'autre partie contient le reste de son psychisme.

Il est isolé et coupé de tout lien avec le reste de la vie psychique. En fait, cette partie traumatisée est comme morte.  Elle fait parfois retour sous la forme d'impressions pénibles ou d'impossiblités à être confronté a des choses qui risquent de faire penser à la scène traumatique. Cela peut être une image, une bribe d'histoire, une couleur... Les sentiments de honte ne sont pas rares, du fait de l'identification à l'agresseur. Ce mécanisme a une fonction économique : il protège le psychisme de la menace d''éclatement que fait peser sur lui le traumatisme. Il a aussi une fonction topique, car il protège les idéaux de l'enfant qui a naturellement tendance a considérer ce qui vient des grandes personnes comme "bon". Au final, l' événement est mis au secret mais il continue a travailler le psychisme.dans la honte et la souffrance. Ce qui était intime, douloureux, difficilement partageable se transforme alors peu à peu en secret. C'est à ce moment que les problèmes commencent pour la génération suivante.

La relation parent enfant est si forte que les enfants de parents porteurs de secrets ne tardent pas à sentir les zones d'ombre de leur parent. Du coté du parent, celui ci n'a jamais totalement renoncé a retrouver l'unité de son psychisme. Le secret suinte toujours, et les enfants sont à l'affut de ces fuites. D'un coté, ils sont attirés par le secret car enfant a tendance a vouloir être le thérapeute de son parent, ne serait que que parce que un parent qui va bien s'occupera bien de lui. Mais de l'autre, ils hésite à s'en approcher car ils sentent que cela est douloureux pour le parent. L'enfant voit son désir de comprendre mis sous l'éteignoir puisque la satisfaction de ce désir provoquerait des souffrances chez sont parent. Ce qui ne pouvait être dit par le parent, devient un impensable pour ses enfants.

Ainsi, ce qui pour la première génération était un revenant - car la scène dramatique hante toujours la personne - devient alors un fantôme pour la génération suivante. L'intime . Le sens des choses est perdu, et les symptômes deviennent difficilement compréhensibles : impressions diffuses, phobies étranges, sentiment d'être possédé conduisent à la folie ou au suicide.

 

Aussi comprendra-t-on, j'espère, que les prises de positions de personnes qui sont en position d'idéaux prônant un oubli pur et simple de cette affaire sous prétexte que le temps a passé est extrêmement dommageable pour tous ceux qui ont eu a subir des viols ou des attouchements sexuels lorsqu'ils étaient enfants (1). Cela est dommageable pour tous,  car la censure sexuelle vis-à-vis des enfants est un des piliers de la société.

 

(1) Les cas sont malheureusement nombreux : 6,8% à 33,8% pour les filles et de 4,6% à 10,9% pour les garçons. [source : psydoc]