vendredi 14 mai 2010

Apéro Géants : ne paniquez pas !

Curieux pays que la France ! Hier on vilipendait l’Internet coupable de couper la jeunesse de ce que l’on appelait la “réalité”. On s’étonnait et on s’énervait de ce que quelques uns préfèrent courir sous la forme d’une vache ou mitrailler tout ce qui passe à sa portée plutôt que de s’adonner à des activités saines. On se tournait alors vers le spécialiste : n’y a-t-il pas un risque de coupure d’avec la réalité ? Pourquoi “les jeunes” passent-il tant de temps devant leurs écrans ? Il fallait alors expliquer que “Non, Internet ne coupe pas de la réalité” et que “ les jeunes” passent beaucoup de temps devant leurs écrans, comme nous tous, et qu’ils s’en servent pour jouer et pour nouer, consolider et défaire des liens sociaux”.

Les “jeunes” prennent place.

Voilà maintenant que “les jeunes” se montrent dans l’espace public. ils sont nombreux. Très nombreux. ils sont partis d’un seul et sont arrivé quelques milliers sur les places de Nantes, Nancy, Montpetllier ou Rennes. Leur point de départ ? Facebook. Une idée est lancée, un groupe Apéro géant @quelquepart est créé en quelques clics. De J’aime en Partager, l’information est distribuée sur le réseau. Au moment prévu, les fameuses rencontres “dans la réalité” que l’on appelait de ses vœux se produisent dans l’espace public.  Il sont quelques milliers, presque une dizaine. Ils sont “les jeunes”. Ils sont bruyants. Ils prennent place.

Ne faudrait il pas accueillir cette jeunesse, lui indiquer qu’elle est bienvenue dans l’espace public plutôt que de réprimer ses désirs de rencontre ? Ne vaudrait-il pas mieux mettre de coté les alarmes sur le thème rassemblement = alcool = maladies sexuellement transmissibles = viols = morts.

Je ne méconnais pas la fin tragique du dernier Apéro Géant. Comment le pourrais-je ? D’abord il y a mort d’homme. Ensuite, les médias . De ce que je vois à Bordeaux, il y a tous les jeudis des “jeunes” qui d’évidence boivent trop. Et, je suis a peu près certain que tous les jeudis, quelques uns finissent aux urgences. Je sais également que les organisateurs de tout événement prévoient des cellules de dégrisement pour la fin de la soirée. Ce n’était pas le cas il y a vingt ans. Le problème n’est pas Facebook où les différentes manifestations. Il est dans l’équivalence que beaucoup font entre fête et alcool. A cela se superpose l’avenir désespérant de tant de “jeunes”. Ce sont ces difficultés sociales qu’il faut traiter; ensuite,  les propositions d’aide à ceux qui s’alcoolisent du fait de difficultés personnelles seront plus facilement entendues.

 

Accompagner plutôt qu’interdire

L’interdiction de ces manifestations est maladroite parce que le désir de rencontre s’organisera ailleurs, dans des lieux plus souterrains de l’Internet. Ensuite, parce que l’organisation de ces foules ne répond pas aux logiques hors-ligne. C’est un forçage que de dire que l’initiateur du groupe est l’organisateur. Personne n’organise ces apéro géants. L’ensemble les organise. Chacun est libre de se dire compter présent et de se manifester ensuite dans l’espace public.

Ces Apéro Géants font penser aux flash mobs : une foule apparaît brusquement dans l’espace publique et disparaît tout aussi brusquement. Elles sont un élément clé de la culture numérique. N’est ce pas en effet quelque chose qui se produit lorsque quelqu’un se connecte dans un bavardoir, dans un forum, ou dans un jeu ? Ne voit-on pas apparaître et disparaître des noms ? N’est-ce pas aussi ce qui se produit lorsque du fait de la précarité des collègues disparaissent autour de soi, lorsque ce n’est pas l’usine tout entière qui disparait pour repopent quelques milliers de kilomètres plus loin ?

La France, pays de Vauban et de Colbert a du mal avec les mondes numériques dont la logique est tout sauf stratégique. Ces mondes et ces foules ne se laisseront pas facilement captés dans des plans et des fonctionnement verticaux. Plutôt que de s’y épuiser, n’est-ce pas l’occasion pour l’état Francais d’aller à leur rencontre là ou ils sont ? Pourquoi ne pas installer des permanences dans Facebook ? Cela permettrait d’être présent au début de processus et de l’accompagner en postant des guides de bonne pratiques et autres recommandation.

 A quand des éductateurs dans les mondes numériques ?