mardi 22 mars 2016

Comment parler des attentats aux enfants





Les attentats font de plus en plus souvent effraction dans notre quotidien.  Comment en parler aux enfants ? Comment évoquer avec eux le terrorisme, l’effroi, la mort soudaine et violente ? Il n’y a sans doute pas une seule façon d’en parler, mais toutes ont en commun de prendre en compte le niveau de développement car un enfant ne comprend pas la même chose à 6 ans et à 14 ans


D’une façon générale, les images sont des ponts entre les éprouves corporels et le langage. Elle aident à passer des émotions au langage et du langage aux émotions. Elles sont aussi d’excellents porte-modèles. Un des grands plaisirs du cinéma est de nous mettre au contact avec des images idéalisées de nous même. Les images violentes nous bouleversent parce qu’elles remettent en cause ces deux grandes fonctions Avec la violence, l’image n’assure plus un va et vient entre la parole et les émotions mais elle devient fixe. L’image réelle du téléviseur ou du cinéma risque de substituer à l’image psychique interne de la personne. La fonction d’idéal est également remise en cause par les images violentes. Si chacun de nous est porteur de désirs agressifs ou de destruction, les images violentes des attentats ne sont porteuses d'aucun idéal.


Pour les enfants les plus jeunes, le plus important est de leur continuer à leur garantir la sécurité psychologique dont ils ont besoin ils ont besoin. Lorsque l’enfant est plus agé, l’aide passe davantage par la discussion


  • Evitez le contact avec les information ou les vidéo pour les enfants les plus jeunes. Plus l’enfant est jeune, plus il a des difficulté a faire une différence entre son monde imaginaire et le monde de la réalité. Pour jeune enfant  les images du journal télévisé peuvent être très très perturbantes. Même un témoignage radiodiffusé plein d’émotions peut être l’occasion de peurs intenses et de cauchemars. Le plus simple est d’instaurer un embargo total sur ces images

  • Si l’enfant est devant des images perturbantes, éteignez le téléviseur en commentant sobrement qu’il s’agit d’images qui peuvent intéresser les adultes. Proposez à l’enfant une activité adaptée à son âge.


  • Certains enfants cherchent a assimiler les images violentes auxquelles ils ont été confrontés en les intégrant à leurs jeux. Par exemple, l’enfant va prendre des playmobils et déclarer qu’une bombe à tué tout le monde. C’est un mécanisme normal et sain. Entrez dans le jeu et jouez les sauveteurs. Devant une telle tragédie, il y a beaucoup de choses à faire : les blessés peuvent êtres soignés, des équipes de soldats et de policiers peuvent construire une zone sécure et le héros préféré de l’enfant peut même faire une apparition. L’important est que le sentiment de sécurité soit restauré dans le jeu, que celui ci soit l’occasion de ventiler des émotions et que le jeu dans son ensemble soit une expérience de plaisir. Pour ceux qui s’inquiètent de tels jeux, il faut se rappeler que les enfants des camps de concentration jouaient à “la chambre à gaz”. Ceux qui ont eu la chance de survivre ne sont pas devenus des nazis.


  • Pour les enfants plus âgés, l’assimilation des expériences traumatiques ou problématiques passent moins par le jeu et davantage par la parole. A l’époque de Twitter, Snapchat et Facebook, il serait étonnant qu’un enfant de 10 ans et plus n’ai pas vu passer quelques images ou vidéo en lien avec les attentats. Il faut alors avoir une attitude proactive en interrogeant les enfants. Gardez en tête que tous les enfants ne sont pas nécessairement affectés par les attentats. Certains ont développé des mécanismes de défense ou de coping qui leur permet de se passer de l’assistance des adultes. L’enfant peut être invité à parler mais ais jamais forcé à partager son expérience. A la question “Est ce que tu as entendu parler des attentats ?”on se contentera donc d’une réponse vague.  

  • La perception que les enfants ont construit des attentats peut être fausse. Elle l’est même dans la très grande majorité des cas tout simplement parce qu’ils n’ont pas encore construit les capacités de pensée qui leur permettre de maitriser les abstractions qui permettent de refléchir sur les attentats. Il peut être utile de les aider à corriger les erreurs comme les généralisations abusives

  • Reconnaissez les émotions. Une bombe qui éclate et tue des dizaines de personnes est un événement effrayant. Affirmer le contraire c’est utiliser un mécanisme de défense qui peut être efficace mais qui est aussi peu adapté qu’un automobiliste qui se cacherait les yeux parce que la route est effrayante. Dire à l’enfant qu’il n’a pas à s’effrayer, c’est dénier une partie de ce qu’il éprouve.


  • Faites valoir des éléments concrets. La distance est un élément clé. Ce n’est pas parce que les images sont dans le salon ou la tablette et qu’elles provoquent des émotions qui nous touchent qu’ils se sont déroulés près de nous. Pour un enfant, savoir que les choses se passent au loin peut être très rassurant surtout si les explications faites a l’aide d’une carte.

  • Les adolescents peuvent avoir des réactions paradoxales. Certains peuvent glorifier les terroristes. D’autres afficheront une froideur extrême. Cela n’en fait ni des terroristes ni des psychopathes. Il faut ici prendre en compte que le développement de la moralité n’est pas achevé à l’adolescence. Pour d’autres, la question est davantage celle de l’utilisation de mécanismes de défense qui visent à maintenir les émotions à distance par crainte d’être débordé par elles.

  • Rappelez à l’enfant qu’il y a toujours quelqu’un pour aider. Quelque soit l’angoisse ou l’horreur provoquée par un des hommes, il y aura toujours d’autres hommes pour trouver des remèdes. Il peut s’agir de soldats, de médecins, d’hommes ordinaires qui font preuve de courage extraordinaire



SOURCES

Eisen, George. Children and play in the Holocaust: Games among the shadows. Univ of Massachusetts Press, 1990

Kohlberg, Lawrence. "Stades de la moralité et moralisation. L’approche cognitive-développementale." Psycho Sup (2013): 129-170.

.Lardellier, Pascal. Violences médiatiques: Contenus, dispositifs, effets. Editions L'Harmattan, 2003.

Stiegler, Bernard, and Serge Tisseron. Faut-il interdire les écrans aux enfants?. Mordicus, 2010.