samedi 11 septembre 2010

Psychanalyse du kamikaze

Le titre est sans doute surdimensionné pour ce qui suit mais j’ai trouvé le point de vue suffisamment intéressant pour le partager.

Les psychanalystes se sont assez rapidement intéressé à la question de l’agir. L’acte, suspendu dans le cadre de la cure, y faisait parfois retour sous des formes curieuses. Comment le comprendre ? Comme une attaque contre le dispositif thérapeutique ? Contre le psychanalyste ? Comme une parole qui ne peut se dire ? Le travail avec les enfants, puis avec des médiateurs comme la peinture ou avec des dispositifs comme le psychodrame psychanalytique a permis d’améliorer la compréhension de l’acte.

Bernard Chouvier donne de l’acte du kamikaze une interprétation kleinienne articulée à la question de l’idéologie comme infestation.

 

“le kamikaze incarne, si l’on peut dire, les puissances thanatiques. Il place son énergie vitale au service de la mort qui devient l’unique finalité. Le sacrifice de l’autre est lié dans l’immédiateté au sacrifice de soi. L’acte est ici la condensation instantanée de la destruction du mauvais objet et de la fusion avec le bon objet. Le fantasme de fin du monde lié à la position paranoïde devient un fantasme agi avec la réalisation concrète de l’auto-sacrifice du kamikaze. En se faisant exploser lui-même avec sa bombe, il rend effectif l’anéantissement du monde concomitamment à son propre anéantissement. L’acte a quelque chose de magique. Puisqu’il parachève le processus entrepris d’infestation idéologique, le geste du kamikaze autorise le passage d’un monde à l’autre, au sein d’une conflagration vécue imaginairement comme créatrice. Le monde ancien disparait dans l’apothéose du Grand Soir, pour laisser place au monde nouveau de nature paradisiaque. La chute du premier est la condition même de l’advenue du second. Il n’est plus besoin d’attendre, de cette attente devenue interminable, insupportable pour le fanatique, le bonheur suprême est à portée de la main. Un seul geste suffit pour déclencher soi-même l’apocalypse. L’arme est redoutable pour qui sait inféoder à son corpus idéologique quelques sujet suffisamment convaincus. Le cataclysme interne redouté par le fanatique et pour se préserver duquel il est prêt à passer à l’acte, devient soudain le symbole suprême de l’entrée imminente dans l’autre monde, celui tant espéré de l’idéalisation absolue. Le kamikaze effectue l’union parfaite entre la construction fantasmatique, la représentation idéalisée en lien avec une croyance groupale et l’acte fanatique à valence expressément destructrice. La rencontre des trois éléments constitue, pour le sujet qui se sent victime de persécution, pour ses idées, le mode radical de résolution des contradictions internes qui l’ont conduit au clivage de l’objet. La suppression explosive du mauvais objet met en oeuvre, par le fait même de l’acte, l’ouverture au bon objet. Comme dans la vision apocalyptique de Saint-Jean, l’opposition manichéenne des deux mondes s’achève dans une conflagration créatrice qui fait advenir le monde de la perfection enfin effective” Bernard Chouvier, Donner corps au fantasme, in Chouvier B. & Roussillon, R., Corps, acte et symbolisation. Psychanalyse aux frontières.

 

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