jeudi 25 février 2016

L'erreur de la Gendarmerie Nationale sur la protection des mineurs sur Intenet


Le Community Manager de la page Facebook de la Gendarmerie Nationale a posté un messager alertant sur les dangers de l’Internet et rappelant qu’il était important de protéger la vie privée des mineurs. Le message lie un article du Figaro datant de Décembre 2015. On peut y lire que Facebook refléchit a mettre en place une notification qui alerterait les parents lorsqu’ils mettent en ligne des photos de leurs enfants sur un profil public, que la mise en ligne des images d’enfants les expose à des “prédateurs du net” et forme un “casier numérique qui les suivra jusqu’à leur vie d’adulte”

Si la protection des mineurs est une nécessité absolue, elle ne peut être efficace que si les dangers sont correctement identifiés. Malheureusement, l’article du Figaro et le message du compte de la Gendarmerie Nationale manquent tous les deux cet objectif.




  • Le mythe du prédateur en ligne
Tout d’abord, il faut commencer par dire que dans la grande majorité des cas, les agresseurs sexuels des enfants sont des membres de leurs familles ou des personnes qui sont régulièrement en contact avec elles pour des raisons professionnelles. L’enquête menée par l’association Mémoire traumatique et victimologie  montre que 94% des violences commises sur les enfants sont commises par des proches et 52% sont commises par les membres de leur famille. Dans 68% des cas, ces violences sont des violences sexuelles. Il arrive qu’un parfait inconnu enlève, moleste, viole ou tue un enfant. Mais ces situations sont fort heureusement rare.


Les média ont développé dans l’idée du public l’image d’un terrible prédateur qui utiliserait l’anonymat du réseau Internet pour s’approcher des enfants, les séduire, et finalement les violer. Alors que pour la plupart d’entre nous, l’Internet est un espace social, ces prédateurs en ligne utilisant le réseau comme un catalogue pour satisfaire leurs besoins pervers. Quelque puisse être la force de cette image, elle est inexacte. La tromperie est rarement l’arme des agresseurs puisqu’il est estimé que seuls 5% d’entre eux se font passer pour des mineurs, qu’ils ne se cachent pas de leurs intentions sexuelles et qu’il arrive dans 73% des cas que les victimes rencontrent plusieurs fois leurs agresseurs.

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  • The Internet is for porn
Il ne s’agit pas de méconnaître l’Internet. Plusieurs adages des digiborigènes reconnaissent la part importante de la sexualité sur le réseau. Le premier est “The Internet is for porn” (L’internet est fait pour le porno) et le second est la Règle 34 qui affirme "If it exists, there is porn of it – no exceptions” (“SI cela existe, il y a une version porno - il n’y pas d’exception). Le réseau est la principale source de documents sexuels et pronographiques. Pour les enfants et les adolescents, c’est aussi un lieu ou il est possible d’échanger sur la sexualité. Les chiffres témoignent de largement de cet état de fait. Un enfant sur sept a reçu sur le réseau des sollicitations sexuelles. Ces sollicitations ne sont pas nécessairement le fait d’un adulte, car elles peuvent provenir d’un autre enfant. Elles ne sont pas nécessairement problématiques, car la grande majorité des enfants savent prendre les dispositions techniques et sociales pour y faire face.


  • Quels sont les facteurs de risque ?

Il n’y a à ce jour aucune preuve que de mettre en ligne des photographie soit un facteur de risque pour les agressions sexuelles.Les adolescents qui sont à risque sont ceux qui ont des personnes inconnues dans leurs contacts, qui ont tendance à utiliser le réseau pour troller, qui partagent des informations personnelles (Âge, Sexe, Habitation, Numéro de téléphone) avec des inconnus, qui visitent les sites de rencontre ou pornographiques dans le but d’avoir des relations sexuelles ou qui parlent de sexualité avec des inconnus. La recherche a également identifié que les jeunes qui vivent des conflits importants et durables avec leurs parents sont vulnérables, tout ceux qui présentent des traits dépressifs, des tendances à la délinquence ou qui se posent des questions sur leur orientation sexuelles. ainsi que ceux qui ont  tendance à avec prendre des risques.

  • Quelle prévention ?

Une prévention efficace passe par une description exacte des problèmes qui peuvent être rencontrés en ligne. Cela nécessite de dépasser l’histoire de l’enfant-innocent-agressé-sexuellement-par-un-adulte-caché-dans-le réseau.. D’abord parce que les adolescents ou les enfants peuvent rechercher activement des informations sur la sexualité ou une expérience sexuelle. Ensuite parce que les agressions sexuelles ne sont pas nécessairement factuellement violentes.

Il est aussi important que les messages de prévention s’adressent directement aux enfants et aux adolescents. Les Promeneurs du Net peuvent être des relais très efficaces pour ce genre de campagne d’information. Leurs messages seront probablement plus facilement entendus que ceux des parents avec lesquels les adolescents peuvent être en conflit.

Une information sans fards doit être donnée aux adolescents sur la sexualité et ses limites. Les besoins des adolescents doivent être reconnus mais dans le même temps il faut leur redonner les limites dans lesquels les désirs sexuels peuvent être satisfaits. La première limite  passe par le respect absolu de l’autre. La seconde passe par la différence des génération : tout acte sexuel entre un adulte et un enfant est interdit


En conclusion, en se faisant l’écho d’un article vague qui fait état de craintes infondées, la Gendarmerie Nationale ne permet pas de mettre en place des mesures de protection efficaces pour les mineurs. Les agresseurs sexuels sont dans la grande majorité des cas des proches des mineurs et le fait que les parents mettent sur le réseau Internet des images de leurs enfants n’est pas un facteur de risque
SOURCE

Wolak, Janis et al. "Online" predators" and their victims: myths, realities, and implications for prevention and treatment." American Psychologist 63.2 (2008): 111.